Histoires inspirantes

Entretien avec Valérie Plante, une mairesse qui bouscule les conventions

11 mai 2018 par Amélie Cournoyer

Julie Bédard, première femme à la tête de la Chambre de commerce et d’Industrie de Québec et leader du Défi 100 jours L’effet A, a rencontré Valérie Plante, première femme à la tête de Montréal. Devant une centaine de personnes rassemblées au Centre des congrès de Québec, elles ont discuté ambition, authenticité et modèles féminins.

L’importance des modèles féminins dans des postes de leadership, la mairesse de Montréal Valérie Plante est bien placée pour en parler. Celle qui a réussi à se tailler une place enviable dans un monde « fait par et pour les hommes », selon ses dires, l’a fait de manière authentique et totalement assumée, mais non sans devoir défoncer quelques portes. Elle raconte son parcours jusqu’à la mairie de Montréal et son rôle de leader. 

[Julie Bédard] Vous êtes reconnue comme une femme d’action déterminée, confiante et qui n’a pas peur du risque. Des compétences-clés que l’on promeut beaucoup au sein de L’effet A. Croyez-vous que cela a contribué à votre élection ?
[Valérie Plante] Certainement ! Ça m’a pris une bonne dose de courage pour décider, d’une part, de faire la course à la chefferie de mon parti moins de trois ans après avoir été élue pour la première fois comme conseillère de Ville et, d’autre part, pour me présenter à la mairie de Montréal. Dès qu’on se retrouve dans des milieux traditionnellement masculins, comme la politique, il faut vouloir défoncer des murs, faire sauter le plafond de verre ! Il faut également avoir suffisamment confiance en soi pour oser prendre des risques et accepter de se tromper parfois. Si on fait une erreur, il faut être capable de faire une introspection pour ensuite aller de l’avant tout en apprenant.

Julie Bédard, leader de L’effet A et présidente de la CCIQ, et Valérie Plante, mairesse de Montréal.

Avant d’être élue, avez-vous déjà ressenti de la peur ou le syndrome de l’imposteur ?
Oui, j’ai souvent eu peur. Mais l’important, c’est ce qu’on en fait de ce sentiment. Moi, j’ai découvert à quel point je suis confortable avec l’idée de sortir de ma zone de confort. J’aime tester mes réactions dans des situations qui me sont moins familières, j’ose prendre des risques et je me donne le droit de me tromper. Les femmes, nous sommes souvent très dures envers nous-mêmes. Sans vouloir généraliser, je trouve que les hommes ont une meilleure capacité de se projeter que nous. Alors, j’invite les femmes à développer cette capacité de se projeter, de se dire : « J’ai la force et l’intelligence de réussir, alors j’essaye. »

« Quand j’ai décidé de faire campagne à la mairie,
je savais que c’était risqué de sourire et de rire
beaucoup en étant une femme. »

On vous reconnaît également pour votre grand cœur et votre sourire communicateur, est-ce que ce sont des cartes qui ont parfois joué contre vous ?
Quand j’ai décidé de faire campagne à la mairie, je savais que c’était risqué de sourire et de rire beaucoup en étant une femme. Surtout que, dans les milieux traditionnellement masculins, les qualités de leadership sont surtout associées au fait d’être sérieux et en contrôle. Mais, je me suis dit que je ne pouvais pas faire de la politique en n’étant pas moi-même, en n’étant pas authentique. Alors, j’ai continué de sourire et de rire, tout en démontrant que je connais bien mes dossiers, que je suis pertinente, que je suis crédible et que je sais où je m’en vais.

Avez-vous, à un moment, ressenti un déficit de crédibilité face à certaines personnes ?
Je l’ai surtout perçu lors de la course à la chefferie de mon parti. On me disait que j’étais bonne, mais qu’il me manquait quelque chose pour être totalement crédible. Avec du recul, je dirais qu’on a tellement plus de modèles masculins que féminins; alors, quand une femme se présente dans un rôle de leadership, on a tendance à lui demander de remplir toutes les cases, sinon on sent qu’il lui manque quelque chose. Pourtant, il y a autant de modèles de leadership qu’il y a de personnes, homme ou femme. D’où l’importance d’avoir davantage de femmes dans des rôles de leader, pour que les femmes aient envie de développer leur propre modèle en sachant qu’elles n’ont pas besoin de remplir toutes les cases pour y arriver.

Dans le cadre de la Journée internationale des femmes, vous avez dit : « La politique a été faite par et pour les hommes, et c’est mon devoir de tenter de changer les choses ». Qu’avez-vous envie de changer ?
Ces réflexes que l’on a, cette façon de voir la politique. La Ville de Montréal, c’est une grosse machine avec 28 000 employés, 19 arrondissements et 103 élus. Je dois m’assurer que la Ville avance et qu’on va dans une direction commune. Je considère que je suis celle qui insuffle une vision, mais comme leader, je dois absolument m’assurer de rallier tout ce monde-là, dans un style qui est moins « coup de poing sur la table » — bien qu’il faut savoir trancher et je n’ai pas de problème avec ça —, mais plus dans un mode d’encouragement, de mentorat par moments.

Qu’est-ce que ça prend pour réussir en politique tout en gardant une vie équilibrée ?
La conciliation travail-famille est une valeur importante pour moi et pour beaucoup de femmes. On a envie de conjuguer nos aspirations professionnelles avec une vie familiale et une vie de couple. Alors, je me suis donné le mandat comme mairesse, dès que je sens que l’on remet en question ce principe, de le nommer, que ce soit à des collègues ou à des journalistes. Par exemple : « Non, je ne suis pas en entrevue ce matin, parce que je fais le déjeuner à mes enfants. » Et j’invite autant les hommes que les femmes à le faire : nommez-le si c’est important pour vous ! Un changement de mentalité, ça prend du temps.

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