L’intelligence artificielle, la solidarité féminine et la musique 

20 mars 2020 par Martine Letarte
Joëlle Pineau, professeure et codirectrice du Laboratoire d’apprentissage et de raisonnement à l’Université McGill.

À la tête du Laboratoire de recherche en intelligence artificielle de Facebook, Joëlle Pineau a réussi à briller dans un monde d’hommes. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec elle.

De précieuses alliées

Trop peu nombreuses en intelligence artificielle, les femmes que Joëlle avait la chance de rencontrer devenaient vite de précieuses alliées. « Comme nous sommes peu nombreuses dans le domaine, nous tissons des liens naturellement, raconte Joëlle Pineau. Il y a le sentiment d’expérience partagée, de similitudes dans le parcours même si, au doctorat, les étudiantes provenaient de l’Inde, du Sri Lanka, de Chine, des États-Unis et nous étions deux du Canada. » 

Si les femmes sont des alliées, les hommes l’ont aussi été dans le parcours de Joëlle Pineau, également professeure et codirectrice du Laboratoire d’apprentissage et de raisonnement à l’Université McGill. « J’ai eu plusieurs mentors, plus d’hommes que de femmes puisqu’il y a plus d’hommes dans le domaine, dit-elle. J’ai une capacité à avancer et à avoir du plaisir dans ce que je fais sans trop m’en faire avec toutes les petites choses qui peuvent se passer au quotidien lorsqu’on est issu d’un groupe minoritaire. »

Elle a également choisi de revenir au Canada après avoir terminé son doctorat à Pittsburgh, aux États-Unis en compagnie d’une douzaine de collègues féminines sur une centaine d’hommes dans le programme. « Je sentais que le milieu universitaire était plus sain ici, moins compétitif et plus collaboratif. » 

Les mathématiques et les filles

À 6 ans, Joëlle Pineau était déjà fascinée par les mathématiques, puis son intérêt a migré vers les robots et l’intelligence artificielle. A-t-elle la recette pour intéresser les filles aux sciences et aux technologies? 

« Pas du tout, dit la maman de quatre enfants. J’ai d’ailleurs une fille de 16 ans qui réussit super bien en mathématiques et en sciences, mais qui s’intéresse à l’histoire et aux sciences sociales. Mais, mes deux garçons les plus jeunes s’intéressent à la robotique. »

Alors que le baccalauréat en informatique à McGill se distingue avec maintenant 30 % de femmes, Joëlle Pineau croit que c’est parce qu’on peut y entrer graduellement. 

« Les femmes ont souvent commencé dans un autre programme, puis ont pris un cours en informatique, puis un deuxième, puis ont fait la mineure et le baccalauréat, explique la professeure. Seulement 20% des bachelières en informatique avaient cet objectif au départ, contre 80 % chez les hommes. J’ai donc encore espoir pour ma fille! »

Plus de femmes en technologie : une responsabilité collective

À ses yeux, il faut indéniablement attirer plus de femmes en sciences et en technologies. Parce que les équipes diversifiées sont plus performantes et par souci d’équité parce que ces domaines donnent accès à des emplois porteurs et bien rémunérés. Mais surtout, parce que les femmes doivent contribuer aux développements des outils en intelligence artificielle. 

« Il est important que les outils développés pour les différentes sphères de nos vies reflètent la diversité de l’expérience humaine, explique la chercheuse. En intelligence artificielle, nous avons la responsabilité d’avoir des femmes et des gens des communautés culturelles. »

Une communauté de développeurs majoritairement blanche et masculine n’est pas sans conséquence. « On a vu des cas vraiment inquiétants d’algorithmes de reconnaissance faciale plus performants avec des hommes blancs qu’avec des femmes ou des personnes noires parce qu’ils avaient été testés sur des jeux de données trop peu diversifiés. Ce sont de gros enjeux au niveau de l’équité, de la justice. »

La musique pour ouvrir son regard sur le monde

À travers les mathématiques et la robotique, la musique a toujours eu une place de prédilection dans la vie de Joëlle Pineau. 

Altiste et pianiste, elle a étudié au Conservatoire de musique de Gatineau, puis lors de ses études en génie, elle jouait dans l’Orchestre symphonique d’Ottawa. Encore aujourd’hui, elle continue de jouer pour le plaisir avec ses enfants qui font tous beaucoup de musique. D’ailleurs, deux d’entre eux étudient en arts-études musique à l’École Joseph-François-Perrault. 

« Jouer de la musique me permet de me changer les idées, de relaxer et aussi, ça me donne accès à un autre monde, affirme Joëlle Pineau. J’ai gardé contact avec des gens du Conservatoire et c’est le fun d’avoir des amis avec des champs d’intérêt différents. Je ne veux pas être seulement avec des chercheurs, 24 heures sur 24. » 

Est-ce que la musique stimule aussi la créativité de la chercheuse une fois revenue au labo ? « Sans doute, mais je n’intellectualise pas tant que ça le rôle de la musique dans ma vie, affirme-t-elle. J’ai toujours aimé avoir toutes sortes de choses en parallèle : j’ai un bon niveau d’énergie. »

L’expérience vécue par Joëlle Pineau est un peu l’application de la recette de The Power of Full Engagement. Ce livre prône de faire le plein de quatre types d’énergie – physique, émotionnelle, mentale et spirituelle – pour avoir un meilleur niveau d’engagement et de performance au quotidien. Si ce sujet vous plaît, n’hésitez pas à consulter notre article sur la gestion de son énergie!

 

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