Histoires inspirantes

L’ambition n’a pas de frontières

29 septembre 2017 par Isabelle Marquis

Isabelle Hudon a connu bien des premières dans sa carrière : première femme à la tête de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, première femme présidente à la Financière Sun Life Québec, et maintenant… première femme ambassadrice du Canada à Paris.

Pour souligner ce grand moment de sa carrière, nous l’avons rencontrée et vous partageons ses premières réactions.

Isabelle, quelle a été ta réaction lorsqu’on t’a proposé de devenir la première femme à occuper le poste d’ambassadrice du Canada à Paris?
J’étais dans ma cuisine lorsque le téléphone a sonné. C’était un vendredi soir et je me préparais pour quelques jours de vacances. Je dois avouer que c’est le type d’appel qui crée l’effet d’une petite bombe intérieure. Sur le coup, j’ai ressenti évidemment beaucoup de fierté. Représenter son pays à l’étranger, c’est une marque de confiance extraordinaire, qui est difficile à refuser. Après la fierté, la seconde émotion qui m’a envahie, c’est le vertige. Accepter ce poste, c’est accepter de quitter beaucoup de gens, de défis, de lieux et un travail que j’aime.

Tu répètes souvent aux femmes d’arrêter de se questionner lorsqu’on leur propose une promotion, as-tu dit « oui » spontanément à cette offre?
Je n’ai pas dit « oui » tout de suite, je voulais prendre cette décision de la manière la plus objective possible, éviter de tomber amoureuse avec cette proposition. Pas parce que je me demandais si je pouvais relever ce défi. Je ne me pose pas ces questions. Je me suis toujours dit que si je reçois un appel, c’est que ces gens ont réfléchi à tout ça avant moi et qu’ils considèrent que je suis la bonne personne.

J’ai demandé à réfléchir pour deux raisons : d’abord, je ne voulais pas dire « oui » simplement parce que je trouve cette proposition attrayante. Puisque je quitte le monde des affaires pour la diplomatie, je voulais bien comprendre dans quel écosystème j’allais maintenant œuvrer. Ensuite, je devais évaluer l’impact que ce changement allait avoir auprès des gens qui sont près de moi, mon conjoint, nos enfants, mes parents.

Comment as-tu procédé pour prendre une décision la plus « objective » possible?
Et bien, je ne te cacherai pas que l’idée de vivre à Paris, la fierté de représenter son pays et tout le prestige que cela entraîne sont très attrayants. Je voulais donc me détacher le plus possible de cet attrait et choisir davantage à froid.

J’ai d’abord dressé une liste de questions – que je qualifie « d’ennuyeuses! » – qui touchent tous les aspects administratifs entourant ce nouveau poste. Il s’est donc enchainé une suite d’appels plutôt logistiques avec le ministère des Affaires étrangères.

Ensuite, j’ai fait une liste sur laquelle se trouvait le nom d’une dizaine de personnes qui proviennent de différents milieux, des gens qui me connaissent très bien et d’autres peu. Je les ai contactés et j’ai échangé avec eux à propos de ce changement dans ma vie. Je voulais obtenir des perspectives différentes pour approfondir ma prise de décision.

Je m’étais dit qu’après cet exercice, si j’avais toujours le goût de relever ce défi, ce serait un « go ». C’est ce que j’ai fait.

Tu adores relever de nouveaux défis. Quel sera le plus gros pour toi dans ces nouvelles fonctions?
Le rôle de l’ambassadeur est évidemment de représenter son pays, mais aussi de créer des liens entre les gens qui proviennent d’un peu partout dans le monde et même provoquer des rencontres qui sont invraisemblables, mais que l’on sait porteuses et constructives. Je suis tout à fait à l’aise dans ce rôle pour l’avoir fait maintes fois dans ma carrière.

Là où je vais devoir apprendre à modifier certaines façons de faire, à corriger une partie de mon ADN, si tu veux, c’est que je passe du secteur privé à la diplomatie. J’ai toujours carburé à la vitesse, j’aime que les choses avancent! Je ne suis pas réputée pour ma patience, si je peux dire! 
J’ai évidemment réfléchi à cet aspect et je sais que je vais apprendre de ce rythme qui est plus lent – non pas dû à un manque de productivité, mais à la nécessité d’installer la confiance dans les relations et à apporter de la profondeur à nos décisions.

Je pense que la vie m’envoie ce défi pour m’inviter à ralentir, à me centrer. Je vais certainement grandir personnellement de ce nouveau rythme.

Ton parcours professionnel n’est pas conventionnel. Tu as relevé des défis très variés et tes choix sont toujours ambitieux et audacieux. Qu’est-ce qui a guidé ton cheminement ?
Je prends toujours le temps, avec les participantes du Défi 100 jours L’effet A, de leur parler de l’importance du courage. Et là, je ne parle pas du courage dans le sens héroïque du terme, mais d’un courage qui est à la portée de tous. Être courageux ce n’est pas seulement faire ce qui est difficile, mais c’est surtout faire ce qui est juste et intègre. Pour moi, le courage s’appuie sur trois éléments fondamentaux : les convictions et valeurs qui nous guident, des faits sur lesquels on s’appuie, et l’ambition qui nous pousse à sortir de notre zone de confort. C’est cette définition du courage qui dirige, non seulement ma vie professionnelle, mais ma vie tout court.

Tu as cofondé L’effet A, est-ce que tu poursuivras ton engagement malgré tes nouvelles fonctions?
Oui, tout à fait. Et c’est l’une des premières conversations que j’ai eue avant d’accepter ce poste. C’était pour moi essentiel de poursuivre mon engagement pour L’effet A. J’ai cette cause à cœur. Je veux voir plus de femmes occuper des fonctions d’influence dans les organisations privées et publiques. Je demeurerai donc très présente et engagée. C’est une promesse!

Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Isabelle Hudon, cofondatrice de L'effet A
Isabelle Hudon, cofondatrice de L'effet A
Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin
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