Prendre des risques

Le changement vous fait peur ? Les conseils d’Isabelle Hudon

14 mai 2018 par Catherine Bergeron

*Article mis à jour le 30 avril 2021

«Quand j’ai accepté le mandat, on a décidé de tout vendre à Montréal. Ambassadrice, je ne ferais ça qu’une seule fois dans ma vie. Je voulais le vivre à fond!», se souvient Isabelle Hudon, nouvelle présidente de la Banque de développement du Canada et cofondatrice de L’effet A. «C’était un changement sans commune mesure dans ma vie. Passer du privé à la diplomatie, et vivre à l’étranger… mais je m’y était bien préparée.»

Le changement, même lorsqu’il est d’une telle ampleur, n’a rien de bien effrayant pour Isabelle Hudon, qui est aussi leader du Défi 100 jours. Elle l’a expérimenté souvent dans son parcours professionnel. Tantôt présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, puis présidente de l’agence Marketel, elle est devenue présidente de la Financière Sun Life au Québec avant d’être courtisée par Justin Trudeau. Est-ce qu’elle a eu peur? «Non. Le changement ne me fait pas peur. Je répète constamment aux femmes d’oser, qu’elles ont toutes un parachute dans le dos. J’y crois réellement! J’ai suffisamment confiance en moi et en mes acquis pour savoir que peu importe ce qui arrivera, je vais retomber sur mes pieds.»

Tout est dit.

Oser le changement avec autant d’aisance n’est pas donné à tous et à toutes, et de multiples freins peuvent expliquer la réticence de plusieurs. Mais parce que le jeu en vaut souvent la chandelle, Isabelle Hudon vous partage ses conseils.

La peur de perdre plus que de gagner

Chaque changement vient avec des pertes et des gains. C’est incontournable! C’est pourquoi il est important de s’arrêter pour prendre la pleine mesure de ce qu’on est prêt à laisser aller… ou pas.

«Partir à Paris n’impliquait pas qu’un changement de vie d’ordre professionnel, mais un changement dans ma vie privée également. Partir avec mon conjoint, Gilles, loin de nos enfants, avait un impact immense sur notre quotidien et a demandé un temps d’adaptation», confie Isabelle. «Puis il y a le travail. Oui, j’adore le privé. Me réveiller chaque matin avec l’adrénaline de devoir gérer la profitabilité d’une entreprise, de respecter des délais serrés… En revanche, jamais le privé n’aurait pu m’offrir un tel défi intellectuel. Toutes ces rencontres, les enjeux diplomatiques, les conversations complexes et variées… Je n’ai jamais connu cette richesse-là. Ce que j’essaie d’expliquer, c’est que bien sûr, il faut peser les pour et les contres avant d’accepter un nouveau mandat. Mais parfois, on ne découvre tous les aspects positifs qu’une fois en place. C’est pourquoi il est important de réfléchir, mais aussi de savoir lâcher prise et de sauter.»

La peur de l’échec

Sur ce point, Isabelle est formelle : la confiance en soi est cruciale pour réussir un changement. «Avant de vous lancer, plutôt que de vous demander “est-ce que j’ai tout ce qu’il faut pour réussir ?”, demandez-vous “aie-je suffisamment confiance en moi et en mes acquis pour m’ajuster à cette nouvelle réalité?”»

Elle insiste sur l’importance de savoir s’adapter. «Dans le privé, par exemple, j’use de mon influence pour rencontrer des objectifs ambitieux et des délais très serrés. Je négocie avec détermination en sachant que je veux atteindre des buts rapidement. En diplomatie, les choses sont différentes. Les jeux d’influences constants ressemblent davantage à une planche de serpents et échelles. On monte un peu, on avance d’un pas, oups!, on recule de trois cases et on remonte…», raconte Isabelle, précisant qu’il faut se montrer ouvert à faire les choses autrement. «C’est une occasion extraordinaire de se développer.»

Avant de vous lancer, plutôt que de vous demander “est-ce que j’ai tout ce qu’il faut pour réussir ?”, demandez-vous “aie-je suffisamment confiance en moi et en mes acquis pour m’ajuster à cette nouvelle réalité ?”Isabelle Hudon

Le peur du succès eh oui!

À celles qui craignent que la réussite d’un nouveau mandat résulte en un déferlement de nouveaux défis et donc, de changements, Isabelle répond : «Une chose à la fois!» À titre d’exemple, elle raconte une conversation qu’elle a eue le jour même avec une participante du Défi 100 jours : «Une participante vient tout juste de me confier avoir deux options de nouveaux mandats. Naturellement, elle préférait celui pour lequel elle possède déjà toutes les aptitudes. Je lui ai plutôt suggéré de choisir celui qui la sortira de sa zone de confort. Se mettant en danger, elle apprendra et évoluera bien plus», explique Isabelle. Et si la réussite de ce mandat l’amène à devoir relever de plus grands défis encore? «Fantastique!», lance Isabelle. «Car rendue-là, elle aura acquis une meilleure confiance en elle, et elle aura beaucoup moins peur de relever de nouveaux défis.»

Le risque d’être imparfaite

«Et puis? Personne ne vous demande d’être parfaite», soutient la leader. Et elle n’a pas tort… Les grands perfectionnistes manquent souvent d’authenticité et dépensent beaucoup trop de temps et d’énergie sur des détails pas très importants.

«Personnellement, je me jette souvent dans le vide en acceptant d’apprendre DURANT le parcours plutôt qu’AVANT. Je pense entre autres à un traité de libre-échange qui m’a été confié… Pour comprendre parfaitement cet enjeu, il m’aurait fallu de 6 à 8 mois! Je ne me voyais pas perdre ce temps précieux. Le jour 1, j’ai donc demandé à rencontrer les acteurs impliqués dans le dossier. Je n’ai pas beaucoup parlé lors de ces réunions. J’étais en mode écoute. Je me suis lancée dans cet apprentissage avec beaucoup d’humilité. Je pense que si j’avais visé la perfection, je n’aurais pas appris si rapidement, et surtout, je n’aurais pas découvert le côté humain de la chose.»

La crainte de perdre son réseau, ses alliés, ses amis

«On ne perd pas un réseau ; on l’élargit», affirme la leader. «Arrivée à Paris, j’ai été surprise de la rapidité à laquelle des gens se sont ajoutés à mon cercle de connaissances. À peine six mois après mon entrée en poste, j’avais déjà rencontré individuellement plus de 350 élus, dont des sénateurs, des chefs syndicaux, des leaders de la scène culturelle…», confie celle que surnomment certains médias «l’ambassadrice de choc». «Je suis déjà reconnue pour mon franc-parler, et ça ne me dérange pas. Je demeure qui je suis et je vais à la rencontre des gens en toute authenticité.» Et pour celles qui auraient peur de perdre leurs «anciens» complices, Isabelle répond qu’un réseau se solidifie au fil du temps, à condition de savoir l’entretenir.

Oser le changement, c’est gagner

«On a toutes un parachute dans le dos», répète Isabelle. Et elle a bien raison. Si oser le changement donne parfois le vertige et que l’atterrissage ne se fait pas toujours en douceur, on n’en sort jamais vraiment perdante. Dans le pire des scénarios, on se relève, on ramasse les aptitudes et connaissances qu’on a développées en route, et on poursuit notre chemin.


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Photo : Frédérique Ménard-Aubin

6 commentaires

  1. Avatar
    Anne Elbet Author

    Très édifiant !

  2. Avatar
    Suzane Ledoux Author

    Votre vision du succès et de l’échec me fait énormément de bien ! J’ai 64 ans, j’ai dû quitter le marché du travail à 50 ans et j’ai misé sur ce que j’aimais le plus : la création, l’art, la peinture.
    Avec mon handicap, j’ai tout de même produit des robes peintes sur coton (une vingtaine) et une production de foulards de soie (environ 150) que j’ai promené dans une quarantaine de salons petits et grands et ce, pendant 10 ans.
    Il me reste une inventaire de foulards (50) mais je me suis découragée, je l’avoue. Je ne peux me mesurer à vos jeunes chasseresses, mais j’écoute attentivement vos conseils et je garde en mémoire ce qui m’encourage à continuer ma microscopique mais très belle entreprise.

  3. Avatar
    Françoise Gelot Author

    Contente de lire d un message de femme senior …qui se pose des questions après une rëussite remarquable.
    J’ai 73 ans, ancienne femme d’affaires française/belge et canadienne dans plusieurs pays, aujourd’hui proche aidante (horrible expression) d’un époux très malvoyant… Arrivée il y a 7 ans au Québec, aucune réponse de l’Effet A que je suis avec beaucoup d’intérêt et envoie à ma fille ce 43 ans, avocate à L.A.

    J’aurais aimé faire du bénévolat auprès de ces femmes pleines d’espoir, mais plus assez lancée dans le moul des règles d’affaires québécoises ?
    Quels peuvent être nos défis ? Nous en avons besoin á tout âge

    Françoise Gelot

    • Catherine Bergeron

      Bonjour Françoise,
      Merci infiniment pour vos bons mots.
      Je transmets vos coordonnées à notre équipe, en ce qui a trait au bénévolat.
      Bonne journée et merci de nous suivre !
      Catherine

  4. Avatar
    franck stelor ava Author

    Merci pour tous se que vous faites

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