La mixité en 2026, une course de fond selon Aurore Mayer

La mixité en 2026, une course de fond selon Aurore Mayer

À la tête du réseau parité Un Une, Aurore Mayer déploie depuis plus de deux ans des initiatives aussi performantes que créatives pour faire de la mixité l’une des priorités du groupe La Poste. Avec un effectif de 230 000 personnes, dont 52 % de femmes aujourd’hui, elle nous explique pourquoi l’histoire ne s’arrête pas là en 2026 et pourquoi la mixité demeure un travail de longue haleine.

Selon vous, pourquoi la mixité doit-elle toujours être une priorité stratégique en 2026?

Aurore Mayer : Je suis convaincue que la mixité permet aux organisations de se transformer durablement. Bien sûr, l’IA, le numérique, la transition écologique, ou le développement de nouveaux services sont des sujets essentiels, mais ce sont les femmes et les hommes qui constituent le cœur de l’entreprise.

Aujourd’hui, il est largement démontré que la mixité est un véritable levier d’innovation et de performance. Elle favorise la diversité des façons de penser et la rencontre de parcours différents qui s’enrichissent mutuellement. Elle nourrit l’audace, renforce l’écoute et stimule la curiosité. La mixité agit aussi comme un accélérateur de diversité. En renforçant les actions en faveur de la parité, on ouvre la porte à une plus grande pluralité de profils, qu’il s’agisse des origines, des parcours ou du handicap.

En un mot, quel sera le principal défi des entreprises engagées pour la parité en 2026?

Aurore Mayer : Ne pas lâcher. On assiste aujourd’hui à des vents contraires qui soufflent au niveau mondial. Dans ce contexte, on observe un recul de certaines initiatives. Or, il ne faut surtout pas céder à la panique ni choisir la facilité en minimisant les efforts. Pourquoi ? Parce qu’en parallèle, l’interconnectivité et l’internationalisation continuent d’accélérer. Le défi, c’est donc de s’adapter et de transformer l’entreprise. Nous le voyons bien avec La Poste : aujourd’hui, 45 % de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’international. Notre défi permanent est de nous adapter à cette internationalisation tout en conservant nos valeurs centrées sur les liens humains et le service.

À l’approche du premier jalon de la loi Rixain, qu’observe-t-on concrètement dans les entreprises?

Aurore Mayer : On sent bien qu’il y a une volonté. Aujourd’hui, la mixité fait l’objet non seulement de discussions, mais aussi d’actions concrètes de la part des organisations. Cela reste encore fragile, car l’enjeu est souvent le même : dès que les objectifs sont atteints, on se relâche. Or, il ne faut jamais interrompre les efforts, car c’est une course de fond. Les progrès doivent s’inscrire dans la durée. La loi aide, bien sûr, mais il est essentiel de maintenir les engagements sur le long terme.

Quels sont les objectifs 2026 de La Poste en matière de parité, et comment comptez-vous les atteindre?

Aurore Mayer : Aujourd’hui, 52 % de notre effectif est composé de femmes, mais nous souhaitons aller encore plus loin, en particulier dans les métiers où elles restent encore trop rares, comme l’ingénierie, le numérique ou la logistique.

Nous avons plusieurs priorités, et je pense notamment à notre école de la data et de l’IA, qui propose des formations et des reconversions. Nous offrons également aux hommes une formation qui consiste à se mettre à la place d’une femme. C’est un levier puissant de prise de conscience.

Nous sommes aussi très présents sur le terrain pour accompagner les femmes. Nous constatons que plus il y a de femmes qui accèdent à des postes de directrices d’établissements, plus un effet boule de neige se crée : elles se parlent, se soutiennent et montrent que c’est possible.

Au-delà des femmes, nous impliquons tout le monde. Ce n’est pas qu’un sujet RH : c’est l’affaire des femmes, des hommes, des managers, et de la direction.

Comment engager toutes les parties prenantes, notamment les décideurs, autour des initiatives de mixité?

Aurore Mayer : C’est un travail d’influence, mais surtout un effort collectif. À La Poste, nous avons la chance de compter sur des personnes investies et enthousiastes. Ce qui nous permet d’avancer, ce sont nos valeurs, et surtout le fait qu’elles soient incarnées. J’ai moi-même pris mon bâton de pèlerin pour aller rencontrer les directrices et directeurs, les écouter, comprendre leurs difficultés et identifier comment nous pouvions les accompagner.

Chaque mois, j’anime des rencontres avec des délégué·es parité. Leur mission est de réaliser un autodiagnostic et d’agir sur leurs propres problématiques, par exemple des difficultés de recrutement. Ils incarnent cette responsabilité et la diffusent dans leurs régions, filiales, et leurs équipes. Au niveau de la direction, nous disposons également d’un comité d’orientation qui réunit les dirigeants deux fois par an. Nous y fixons les orientations et faisons le bilan de nos actions.

Quel message adresseriez-vous aux entreprises qui souhaitent aller plus loin en 2026?

Aurore Mayer : Je recommande vivement d’avancer avec une démarche sincère et incarnée à tous les niveaux. Je conseille aussi de viser la prise de conscience des freins et des biais, sans jamais imposer. L’essentiel est d’agir sur tous les fronts, sans rien lâcher : c’est un travail de communication et de sensibilisation en continu, mais aussi un changement profond. Enfin, je tiens à rappeler que l’entreprise est un levier d’action majeur, mais ce n’est pas le seul. C’est toute la société qui doit s’engager, au-delà des murs des organisations.

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L'effet A

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