L'effet A

Jeunes femmes, on vous soupçonne de maternité

9 mai 2019 par Anne-Hélène Dupont

On évite de les embaucher ou de leur attribuer de nouveaux mandats, ce qui entraine une rémunération inférieure et creuse l’écart salarial entre les hommes et les femmes : les conséquences de la maternité sur les trajectoires professionnelles des femmes sont bien documentées. À cette « pénalité de maternité » s’ajoute un biais — souvent inconscient — des employeurs à l’égard des mères, jugées d’emblée moins disponibles et productives que les autres travailleurs. Or, une nouvelle étude indique que ce biais s’étend aussi aux jeunes femmes… sans enfants. Explications.

Une vaste étude menée par trois économistes européennes révèle que même les jeunes femmes qui ne sont pas mères subissent de la discrimination à l’embauche. Motif présumé : elles seraient susceptibles de vouloir fonder une famille. (Vous avez bien lu !)

Soupçonnées de vouloir des enfants

Les chercheuses Sascha O. Becker, Ana Fernandes et Doris Weichselbaumer ont soumis 9 000 candidatures fictives, correspondant à des profils démographiques variés, en réponse à des offres d’emplois à temps partiel et à temps plein dans les domaines du secrétariat et de la comptabilité. L’étude s’est déroulée en Allemagne, en Autriche et en Suisse, des pays où le fait d’indiquer son statut civil et parental sur son curriculum vitæ est pratique courante.

Résultat : les dossiers des jeunes femmes mariées, mais sans enfants, étaient moins souvent retenus que les autres dans le processus d’embauche, particulièrement lorsqu’il s’agissait de pourvoir un emploi à temps partiel.

« Notre interprétation est que les employeurs estiment que les femmes sans enfants, mais mariées, sont particulièrement « à risque » de devenir enceintes », écrivent les chercheuses. Donc — et c’est là qu’un biais entre en jeu — d’avoir à l’avenir moins de temps et d’énergie à consacrer à leur emploi.

Car malgré l’évolution, au cours des dernières décennies, vers un partage de plus en plus égalitaire de la charge parentale entre les pères et les mères, celles-ci demeurent dans l’imaginaire collectif les « premières répondantes » lorsqu’il s’agit des besoins des enfants. Dans leur milieu de travail, elles sont par conséquent perçues plus négativement du fait d’être mères ou, comme dans cette étude, de risquer de le devenir. Rappelons au passage que pour les hommes, au contraire, la paternité est connotée positivement en milieu de travail.

« Nous voyons dans ces résultats la manifestation d’une discrimination à l’embauche substantielle fondée sur la maternité potentielle et avérée dans les emplois à temps partiel — un résultat possiblement surprenant, puisque ces emplois sont typiquement vus comme propices à la conciliation travail-famille », écrivent les auteures de l’étude publiée par lIZA Institute of Labor Economics de Bonn, en Allemagne.

La demande de flexibilité dans le collimateur

Étonnamment, dans l’étude de Becker, Fernandes et Weichselbaumer, les candidatures de jeunes femmes pour des emplois à temps plein semblaient échapper au biais inconscient qui joue contre les femmes en âge de devenir mères. Comme si le fait pour une femme de chercher un emploi à temps partiel, offrant donc plus de flexibilité, était particulièrement mauvais signe pour les employeurs, tandis que les femmes qui posaient leur candidature pour des postes à temps plein avaient déjà réglé la question du soin des enfants, supposent les chercheuses.

Reste que la fameuse « pénalité de maternité » affecte non seulement les travailleuses qui ont déjà des enfants, mais aussi — et potentiellement plus, selon cette recherche — celles qui n’en ont pas. Sans égard à leur désir ou non de devenir mères, la seule possibilité qu’elles le deviennent suffit à entacher leur candidature. Et considérant que la portion de leur carrière où elles sont susceptibles de vouloir fonder une famille correspond environ à la première moitié de leur carrière, c’est leur trajectoire professionnelle tout entière qui risque d’être plombée par cette idée préconçue.

Et au Québec ?

Chez nous, l’état civil ne figure pas parmi les informations à fournir sur un CV, et la discrimination sur cette base est proscrite par la Charte des droits et libertés de la personne. D’ailleurs, cette donnée serait un indicateur bien imparfait du risque de parentalité, puisque près des deux tiers (63 %) des enfants sont nés hors mariage en 2017, selon l’Institut de la statistique du Québec. Ce qui ne revient pas à dire que ce biais inconscient contre les jeunes femmes n’est pas à l’œuvre chez nous. Il pourrait au contraire s’étendre à toutes les femmes en âge de procréer.

Des solutions ?

Pour contrer l’effet de certains biais inconscients, comme celui relié à la maternité, des chercheurs, comme Shelley J. Correll, professeur de sociologie à l’Université de Standford, proposent entre autres aux organisations de reconnaître que l’ensemble de leurs employés ont des responsabilités en dehors du contexte professionnel. Assouplir les normes relatives au travail (en adoptant des horaires flexibles ou en permettant le télétravail, par exemple) permettrait de réduire de façon significative l’impact sur les femmes en milieu de travail, sans pour autant réduire la productivité.

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